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ROUMANIE : Etudes en l’honneur du Professeur Lelia Trocan par Georges Freris

mardi 31 janvier 2017, par Internet - Site

Studia in honorem Professeur des universités Lelia Trocan
par
Georges FRERIS

C’est aux éditions Sitech, de Craïova en Roumanie que fut publié le tome d’études dédié au Professeur des Université, Lelia Trocan, laquelle après une longue et bien réussie carrière professorale, quitta après quarante trois ans de service, la chaire de Littérature Française du Département de Langues Romanes et Classiques de l’Université de Craïova.

Issue d’une famille noble, francophone et francophile, Lelia Trocan connut toutes les mésaventures du régime autoritaire, imposé dans son pays par les armes, après la Seconde guerre mondiale.

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Dans son œuvre romanesque, Les Années de plomb, publié en France (éd. L’Harmattan, 2007), elle décrit cette « réalité » qui dépassa toute fiction selon elle et qu’elle parvint à surmonter par le biais de la foi à l’espérance. Ayant fait d’excellentes études à l’Université de Bucarest dans des conditions difficiles et soutenu son doctorat à l’Université « Babeș-Bolyai » de Cluj-Napoca (sur le sujet : George Sand à travers sa correspondance), elle enseigna la langue, la littérature et la culture françaises à l’Université de Craïova, pendant quarante trois ans. Entre-temps elle participa et donna des conférences ou des cours ou des séminaires dans plusieurs universités (Paris, Louvain, Séville, Telford, Nicosie, Montréal, Halifax, Brasilia, Curitiba, Belém, South Bend, Thessalonique, Ankara, Cernǎuți et Chişinǎu), et elle fut professeur invitée, de 2002 à 2004, au Brésil.

Elle dirigea pendant sa longue carrière un grand nombre de thèses de doctorat, toutes en cotutelles avec des universités françaises, activité scientifique qu’elle continue, elle participa à un grand nombre de jurys pour l’élection du corps professoral en Roumanie et à l’étranger, elle assista à des colloques et des congrès et elle fit partie des équipes d’experts-évaluateurs internationaux et nationaux.

Auteur d’un grand nombre d’articles-études (plus de 140), de livres (21), dont un publié au Brésil sur la poésie française, son œuvre qui se concentre sur l’histoire de la littérature française, sur la théorie et la critique littéraires, sur la littérature générale et comparée, sur la poétique, la stylistique et l’interprétation des textes littéraires et sur la traduction littéraire, a plus de trois cents références internationales et plus de trente-deux recensions dans la communauté internationale universitaire.

Membre de nombreuses associations nationales et internationales, honorée d’un grand nombre de prix et de distinctions nationales et internationales, seize professeurs et chercheurs universitaires se sont penchés sur son thème préféré, celui de l’imaginaire, et ont contribué à publier un tome de 281 pages, hommage à sa contribution scientifique aux Lettres universelles, préfacé par le Professeur roumain des universités, Ioan Pânzaru.

Il s’agit de dix-sept éminentes contributions provenant de France, de Turquie, du Canada, du Brésil, de Roumanie et de Grèce, qui traitent l’imaginaire en littérature, dont deux, celles d’Eileen Lohka, du Canada « Espaces réels, lieux imaginaires dans Les Années de plomb de Lelia Trocan » (pp. 131-141) et d’Anda Radulescu, de Roumanie, « Les Années de plomb de Lelia Trocan : L’imaginaire entre cauchemar et absurde » (pp. 192-202) portent sur son œuvre romanesque, déjà cité. Ce sont deux études qui examinent tous les procédés qui ensorcellent le lecteur par l’imaginaire et l’intrigue du roman, deux études qui soulignent la force psychologique des héros à surmonter la peur de la violence par amour de la liberté de l’homme.
Une étude, celle de Michel Beniamino, de France, « La Francophonie et le GPS » (pp. 47-62) s’oppose au concept de la « Littérature-monde », faisant la distinction entre l’imaginaire de la mobilité spatiale avec l’évolution temporelle et celui de la littérature des populations stables, qui est capable -la littérature française l’a démontré- de créer des mouvements intellectuels qui dépassent le localisme. La contribution de Magda Ciopraga de Roumanie, « Un profil et les arbres :Fragments de l’imaginaire botanique de Marthe Bibesco » (pp. 63-76) examine l’œuvre francophone de l’écrivain roumaine qui vécut ses dernières années en exil, s’étant opposée au régime des années de plomb, pour constater l’attachement sentimental de l’auteur roumaine à la nature, moyen qu’elle utilisait pour exprimer ses sentiments personnels, tandis que Felicia Dumas, de Roumanie, dans son étude, « La Langue maternelle, c’est la langue de mon pays : Imaginaire linguistique et construction identitaire d’un enfant bilingue franco-roumain » (pp. 77-85), insiste sur le lien entre langue et culture concluant que l’idée du rattachement de tout locuteur à un territoire n’est pas toujours une cause pour trancher à une culture.

Marc Gontard de France, avec son étude, « L’Imaginaire du texte : Aurélien de Louis Aragon » (pp. 95-110), soutient que l’imaginaire comble le langage dans la construction d’un texte littéraire, alors que Tuğrul İnal, de Turquie, avec ses deux textes, « Une lecture dramatique pour Baudelaire XII. Poésie symphonique V. Un essai empathique » (pp. 111-123), et « L’Approche empathique comme méthode de lecture II » (pp. 124-130), démontre dans son premier texte, l’exploitation des principes fondamentaux de la philosophie baudelairienne, utilisant la méthode empathique, tandis que dans le second, il expose les nouvelles dimensions subjectives que peut créer le lecteur-critique.

Efstratie-Oktapoda de France, dans « Jules Verne et Le Château des Cartpathes » (pp. 142-152), démontre comment l’imaginaire du roman de l’auteur français, avec son ambiguïté générique contribua à la naissance du personnage imaginaire de Dracula et Andrea Perrazzo du Brésil, dans son article, « Henri Michaux et les mouvements de l’imaginaire dans une poétique de tensivité et d’instabilité des sens » (pp. 153-162) étudie comment le poète crée un univers figuratif vague, à l’aide de l’illusion référencielle et de l’émotivité passionnelle.

Gérard Peylet de France, décrit et analyse la définition de la barbarie aux temps modernes dans son article, intitulé « Le Monstrueux et l’humain dans La Part de l’autre d’Eric-Emmanuel Schmitt » (pp. 163-174). Pour l’auteur toute monstruosité apparaît être autre dans sa transgression vers le pouvoir. Ioan Pânzaru de Roumanie, cherche à préciser le concept de « medium », en particulier des média (image, cinéma, télévision, vidéo etc) dans la genèse de l’imaginaire, dans son étude, « La méta-médialité de la narration » (pp. 175-191), Gabriela Scurtu, de Roumanie, compare et analyse les rapports entre l’imaginaire littéraire et musical dans son article, « Littérature et imaginaire musical » (pp. 203-214), et Henryk Siewierski, du Brésil, dans son étude en portugais, « Witold Lutoslawski : Arte e pensamento » (pp. 215-226), apporte l’impact imaginaire de la poésie de Breton et de Michaux à son œuvre musicale en quête de pureté.

Enfin, Antony Soron de France, s’élance dans son texte, intitulé, « Neige de Maxence Fermine : Ecrire dans la marge blanche du haïku » (pp. 227-235) à démontrer ce que peut produire la rencontre de la culture occidentale avec celle du Japon, soit « une quête poétique à mi-chemin entre la fable et la parabole », Alain Vuillemin, dans son article ; « Un Mythe fondateur franco-brésilien : la légende de Catarina Paraguaçú et Diego Álvares Caramurú, ‘le premier couple fondateur de l’identité brésilienne’ » (pp. 236-250), fait émerger les données du mythe de Catarina « mère du Brésil » et de son interprétation jusqu’au XXIe siècle, tandis que Georges Fréris de Grèce, qui signe cette brève présentation, dans son article « De l’intérêt de l’imaginaire des mythes » (pp. 86-94), insiste sur le besoin de la manipulation des mythes à l’ère actuelle pour que l’imaginaire littéraire renouvelle l’image de l’humanisme.

L’ouvrage se complète par une reproduction en couleur, des couvertures des vingt-et-un livres du Professeur Lelia Trocan, puis de la liste des Prix, des Médailles et des Diplômes discernés (pp. 263-272), et le volume clôt avec une série de Documents, six en tout, qui démontrent sa contribution au devenir de la recherche littéraire.

Le tome Studia in honorem, au Professeur des universités, Lelia Trocan, riche de ses seize études sur l’imaginaire littéraire est un ouvrage de références pour l’avenir, pour tout chercheur qui aimerait s’occuper des différents aspects de l’imaginaire, et un volume esthétique qui ne doit pas manquer, du moins, dans les bibliothèques universitaires et les Départements de Langue et de Littératures Françaises du monde entier.