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Hommages à Jacqueline RISSET †

lundi 22 décembre 2014, par Internet - Site

Au cours de la seconde table ronde tenue à Rome le 28 octobre 2014 sur le thème "Les ruines entre mémoire et oubli", Denis Fadda et Umberto Todini ont rendu hommage à Jacqueline Risset.

HOMMAGE A JACQUELINE RISSET

LORS DE LA TABLE RONDE DE ROME DU 28. 10. 2014

Jacqueline Risset aurait dû être avec nous aujourd’hui pour traiter du sujet qui nous attend.

Elle a tant écrit sur le sommeil et la valeur du sommeil que je veux imaginer qu’elle est endormie et livrée à ces rêves qui ont tant nourri son œuvre.

Nous ne lui rendrons pas aujourd’hui le grand hommage qu’elle mérite ; cela se fera lors d’un colloque que nous allons lui consacrer mais deux textes d’elle vont vous être lus ; l’un en français, l’autre en italien.

Privés de sa présence, nous sommes privés de son regard, ce regard si singulier et si poétique qu’elle portait sur toute chose.

Car Jacqueline Risset, avant d’être la traductrice et l’essayiste que vous connaissez, est un poète ; toute son œuvre est, en effet, traversée par le souffle de la poésie. Ce qui a donné des traductions merveilleuses, qui ont touché un public très large ; des traductions sans équivalent.

Comme peut le faire un grand interprète dans le domaine de la musique, elle a, en quelque sorte, « réinventé » tant les œuvres de Dante que « Le Prince » de Machiavel. Je pourrais dire qu’elle est à ces auteurs ce que Glenn Gould est à Bach. Elle est une magicienne.

Cette œuvre considérable de traduction, elle l’a abordé avec humilité, rigueur et fidélité, qualités qui caractérisent sa posture d’écrivain et l’ensemble de ses écrits.

Cet esprit de fidélité à ses maîtres, à ces auteurs qui l’ont beaucoup nourrie, a grandement contribué à cette « réinvention ».

Car l’esprit de fidélité est un des traits du caractère de Jacqueline Risset.

Il y a la fidélité à ces auteurs mais aussi la fidélité à elle-même ; sa fidélité à l’écriture. Ecrire, pour elle était un impératif. Ainsi a-t-elle pu construire cette œuvre remarquable constamment nourrie par une lecture exigeante.

Passionnée par la langue et la culture italiennes, elle a été pendant quelque 50 ans, à la fois le meilleur ambassadeur de la culture italienne en France et le meilleur ambassadeur de la culture française en Italie. Elle laisse un vide considérable.

Denis Fadda

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Umberto Todini

Ringrazio Denis Fadda di avermi chiesto di ricordare Jacqueline Risset ad apertura di questo convegno al quale Jacqueline guardava con attesa e simpatia. Lo faccio con le sue parole, nella sua lingua natale, nate dalla meditazione del rapporto tra tempo e istante, che da sempre ha irrorato la sua attività di poeta, di saggista, di scrittore radicato tra Francia e Italia, tra Dante, Proust e Joyce, tra antico e moderno. Una meditazione costante e che prende totale evidenza nel suo ultimo libro, Les instants les éclairs e in suo scritto pubblicato per l’occasione nell’agosto scorso, da un grande quotidiano francese.

“O Temps suspend ton vol !, demande le poète. Mais le Temps ne répond pas, et les poètes en sont réduits à chanter, dans leurs vers, son inexorable “fuite”. Il est vrai, le temps nous emporte, et nous sommes sans défense devant lui. Nous ne pouvons en sortir, remonter son cours comme on remonte celui d’un fleuve impétueux. Enfermés en lui, nous sommes ses prisonniers, pieds et poings liés. Et pourtant existe - mais nous l’oublions - un moyen de résister.
C’est l’instant, qui lui aussi appartient au temps : il en est la plus petite partie, l’atome. Mais, en même temps, de façon paradoxale, il lui échappe. Il brise tout à coup la durée, il nous fait sentir, comme magiquement, hors du temps. Nous arrachant à la continuité et à la banalité de l’existence, l’instant est l’éclat imprévisible où la vie se réanime, se recentre et saute : au coeur de l’expérience quotidienne apparaît tout à coup une césure - un laps de silence et d’émerveillement. Il en est plusieurs variétés : les coups de foudre, les états mystiques, les éclats de rêves qui traversent le sommeil…
Personne n’a aussi bien décrit la surprise de l’instant que Proust. Au jeune Marcel qui revient d’une promenade dans le Paris de l’hiver, sa mère offre une tasse de thé ; il porte donc à ses lèvres une cuillerée de thé où il avait laissé s’amollir un morceau de madeleine. “Mais”, écrira-t-il plus tard, “à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause… rendant les vicissitudes de la vie indifférentes, de la même façon qu’opère l’amour”.
Certes tous les instants ne sont pas des madeleines - continue Jacqueline Risset - mais tous ceux qui entrent à l’improviste dans notre vie en l’ouvrant à l’aillleurs, peuvent devenir une source qui nous inspire et nous accompagne.”

E, io concludo, lo stesso istante, adorata Jacqueline, che uni’ fulmineo le nostre vite quarant’anni orsono, oggi, ha di nuovo interrotto il corso di un tempo somma di istanti in una vita lungamente felice. Ora, sul questo Palatino, nella città che tu avevi scelto come altra dimora, fra amici qui raccolti per parlare con te di “Ruines et souvenirs”, e che invece, volgono alla memoria di te, affetto e pensiero, quell’istante, Jacqueline cara, diviene nuova fonte che mi ispira e mi accompagna nel tempo che resta.

Umberto Todini

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