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Écrivains de langue française, écrivains du monde

dimanche 24 janvier 2016, par Internet - Site

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Seconde table ronde : « Écrivains de langue française, écrivains du monde »

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Discours du Président Denis Fadda

Dans le monde entier des écrivains ont choisi de construire leur œuvre, ou une partie de leur œuvre, en français. Pourquoi ?
Les écrivains et universitaires qui participent à cette table ronde, de nationalités différentes, vont échanger leurs points de vue et proposer des réponses.
Les motivations des écrivains, bien sûr, sont multiples. Sans doute mentionnera-t-on « la beauté de la langue », la précision qu’elle offre, comme le soulignent Alexakis et Cioran, les valeurs dont elle est porteuse (c’est une « langue de liberté » affirment certains), l’attirance pour les grands textes de la littérature française et francophone et le désir d’y avoir accès.
Comment amplifier le mouvement ? Comment donner le goût d’écrire en français ? Quel rôle peuvent jouer les éditeurs ? Les intervenants, certainement, se poseront ces questions.

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Ont animé cette table ronde sept écrivains et intellectuels de diverses nationalités :

Alain Absire (France), écrivain, ancien président de la Société des gens de Lettres, président de la Sofia (Société française des intérêts des auteurs de l’écrit).
Marc Barrault (France) ancien Attaché culturel près l’ambassade de France à Athènes, poète, peintre.
Georges Freris (Grèce), professeur de littérature comparée à l’université Aristote de Thessalonique, président de la délégation de La Renaissance Française en Grèce.
Fariba Hachtroudi (Iran), écrivain.
Andrei Makine, (Russie), écrivain.
Boualem Sansal (Algérie), écrivain.
Ibrahim Tabet (Liban), écrivain, président de la délégation de La Renaissance française au Liban.

Voir aussi les textes :
Marc BARRAULT : Écrivains de langue française, écrivains du monde
Georges FRÉRIS : Écrivains de langue française, écrivains du monde
Synthèse
La table ronde rassemble des écrivains issus de six pays différents : Algérie, France, Grèce, Iran, Liban et Russie. L’Afrique, qui a une production littéraire si féconde, devait être représentée par l’écrivain guinéen Mohamed Toure, mais il n’a malheureusement pas pu rejoindre Paris.
Tous écrivent et publient en français ; ils témoignent de la diversité, de la richesse et de l’autonomie des littératures de langue française dans le monde.

Que représente la langue française pour les écrivains dont elle n’est pas la langue maternelle ?
Le mot qui résume les diverses interventions serait celui de « phare ». En effet, la langue française, malgré la place occupée par l’anglo-américain, reste une langue privilégiée pour la création, dans le sillage ouvert par les grands écrivains de langue française qui irriguent et structurent la réflexion, l’imaginaire et la langue elle-même.

Selon Andrei Makine, une langue est nourricière si sa littérature l’est : « Il y a, dit-il, autant de langues françaises qu’il y a de grands écrivains qui la re-créent ; le français de Boualem Sansal est unique. L’important n’est pas le choix de la langue ; ce qui compte, c’est la langue que crée chaque grand écrivain. » C’est le français de Montaigne, de Pascal, de Molière, de Racine, de Marivaux, de Hugo, de Proust, de Céline, qui font de la langue française une « langue-phare ».

Boualem Sansal déplore que la langue française soit devenue « frileuse et routinière, elle doit retrouver son énergie, son audace, son esprit aventurier ». Selon lui, c’est une langue universelle, car elle est faite de langues très diverses mêlées dans un brassage unique et fertile ; mais cette richesse s’appauvrit actuellement au profit d’un langage utilitaire, asservi à l’échange.

Alain Absire compare les littératures francophones d’aujourd’hui aux littératures d’Amérique latine, ces littératures du « réel merveilleux » où se mêlent divers imaginaires. Ces littératures « nous ont aidés à nous comprendre, dit-il, c’est-à-dire à comprendre l’autre et à nous comprendre nous-mêmes ». Le défi de la littérature francophone est essentiel pour l’avenir : il doit reconquérir l’imaginaire. Il cite l’écrivain et philosophe roumain Cioran qui a écrit toute son œuvre en français : « La première qualité d’un écrivain est d’être étranger à soi-même ».

Écrire dans une autre langue que sa langue maternelle serait donc une chance, autant pour l’écrivain que pour le lecteur.
Peut-on alors affirmer, comme le suggère la tendance actuelle, que le français est la langue du passé et de la nostalgie d’un temps révolu ? Non, répondent autant l’écrivain libanais Ibrahim Tabet que l’auteure iranienne Fariba Hachtroudi. Malgré « la coca-colonisation » du monde, la langue française est adoubée par une jeunesse pour qui elle représente l’espoir d’un avenir meilleur et la liberté de penser. Elle a été diffusée dans le monde entier par les missions catholiques dont l’œuvre d’enseignement est considérable. Le français n’est pas aujourd’hui la langue de la masse mais d’une élite dynamique et ouverte. Au Liban, une quarantaine d’écrivains écrivent en français et le quotidien libanais « L’Orient le jour » publie en français un supplément littéraire de qualité.

La langue française est donc liée à la culture, à l’art, à la créativité. En témoigne le succès du « Prix du jeune écrivain de langue française » qui encourage les jeunes francophones à la création littéraire et auquel participent de très nombreux jeunes Africains. Ce prix existe depuis trente ans et une centaine de lauréats sont devenus écrivains.

Nourrie par une grande tradition, la langue française génère des formes de pensée et d’imaginaire dont l’avenir a tant besoin. Dans les bouleversements politiques et sociétaux qui secouent la planète, elle doit jouer son rôle.
Marc Barrault, professeur agrégé de lettres classiques, a relevé le défi de répondre en un bref exposé à une très vaste question : quelle est la singularité de la langue, de la pensée et de la littérature française ?
Par ailleurs, Georges Fréris, professeur de littérature française à l’Université de Thessalonique et engagé dans divers échanges universitaires européens concernant la langue française, a présenté un état des lieux précis et une analyse élevée de la place de la langue française en Europe et des enjeux en question.

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